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Cartographier les ultra-fortunés : 510 000 familles et les foyers de croissance du patrimoine

La population ultra-fortunée est plus nombreuse, plus jeune et plus mondiale qu'il y a dix ans. En comprendre la physionomie, c'est se donner le point de départ pour la servir.

Malgré toute l'attention qu'ils suscitent, les ultra-fortunés demeurent un groupe restreint et nettement circonscrit. Le World Ultra Wealth Report 2025 d'Altrata dénombre 510 810 personnes dans le monde dont le patrimoine net dépasse 30 millions de dollars, et projette une croissance de cette population jusqu'à environ 676 970 à l'horizon 2030. En dessous s'étend une base bien plus large : UBS recense quelque 60 millions de millionnaires en dollars, un chiffre qui a progressé de 680 000 pour la seule année 2024 et devrait croître de plus de cinq millions d'ici 2029.

La physionomie de cette population est déterminante, car elle dicte qui a besoin de conseil, où et dans quelle langue. Trois traits se détachent.

Le patrimoine se concentre, et vieillit

Les ménages plus âgés contrôlent aujourd'hui une part nettement plus importante du patrimoine total qu'il y a seulement quelques années : ils détenaient environ 61 % de la richesse nationale aux États-Unis en 2023, contre 54 % en 2020. C'est cette concentration qui rend si considérable le transfert de patrimoine à venir, et elle confère une valeur de premier ordre à une planification qui traverse les générations plutôt que d'en servir une à la fois.

Le family office est entré dans le courant dominant

Le véhicule de prédilection pour gérer un patrimoine d'envergure, le single family office, a proliféré. Deloitte estime à environ 2 020 le nombre de single family offices en Europe, derrière l'Amérique du Nord et l'Asie-Pacifique, au sein d'une population mondiale qui s'est étoffée rapidement et devrait poursuivre sa croissance jusqu'en 2030.

Single family offices par région
RégionSingle family offices estimés
Amérique du Nord3 180
Asie-Pacifique2 290
Europe2 020

Deloitte, Family Office Insights Series

Le profil singulier de l'Europe

Le paysage des ultra-fortunés en Europe présente des traits qui le singularisent. Les femmes sont à la tête d'environ 20 % des family offices européens, soit la proportion la plus élevée de toutes les régions. Et les familles y font preuve d'un dynamisme peu commun dans la révision de leur stratégie : près des deux tiers des family offices européens prévoient de modifier leur allocation d'actifs stratégique au cours de l'année à venir. Voilà une population qui ne se contente pas de définir un portefeuille pour ensuite l'oublier.

Comprendre les ultra-fortunés ne tient pas à la taille du chiffre. Cela tient à sa physionomie : qui détient le patrimoine, qui en héritera et quelles sont leurs attentes.

Ce que la carte implique pour les conseillers

Une population qui croît, qui vieillit à son sommet, qui se concentre dans des structures de family office et qui révise activement sa stratégie a des implications claires. Elle récompense les conseillers capables de servir une famille au fil des générations plutôt qu'un seul principal, de dialoguer d'égal à égal avec des équipes internes aguerries, et de réexaminer une stratégie à mesure que les circonstances évoluent, sans reconstruire l'analyse de fond en comble à chaque fois.

Le millionnaire ordinaire, et l'écart qui le surplombe

L'un des enseignements les plus saisissants des données récentes tient à l'essor de ce qu'UBS appelle le millionnaire ordinaire : les personnes disposant de 1 à 5 millions de dollars d'actifs investissables. Ce groupe détient désormais quelque 107 000 milliards de dollars de patrimoine, se rapprochant des quelque 119 000 milliards détenus par ceux qui possèdent plus de 5 millions de dollars. Le milieu de la pyramide patrimoniale s'est épaissi, et avec lui la population de familles qui ont besoin d'un conseil structuré, mais que l'on a historiquement servies au moyen d'outils conçus soit pour les investisseurs particuliers, soit pour de vastes institutions.

Cet écart constitue une opportunité. La méthodologie qu'un conseiller chevronné apporte à une famille disposant de 100 millions de dollars est, pour l'essentiel, celle dont a besoin une famille en disposant de 20 millions : une politique claire, des scénarios comparables, une vision honnête du risque et de la liquidité, et un dossier qui tient la route. Ce qui faisait défaut, c'était un moyen de la délivrer sans trois jours de travail manuel par mission. Levez cette contrainte, et la même qualité de conseil atteint un nombre bien plus grand de familles.

Là où la croissance est la plus rapide

Sur le plan géographique, le centre de gravité poursuit son glissement. Les États-Unis représentent toujours près de 40 % des millionnaires de la planète et en comptent plus d'un millier de nouveaux chaque jour, mais l'Asie comble l'écart à vive allure, et la seule Chine continentale a vu apparaître des centaines de nouveaux millionnaires par jour en 2024. Pour un conseiller européen, l'enseignement n'est pas de courir après ces marchés, mais d'admettre que le patrimoine, et les familles qui le détiennent, sont de plus en plus mondiaux, mobiles et transfrontaliers, ce qui ne fait qu'accroître la valeur d'un processus qui voyage et d'un dossier qui se transporte.

On décrit souvent les ultra-fortunés comme difficiles à atteindre. Les données laissent penser que la tâche la plus ardue consiste à rester pertinent à leurs yeux : grandir avec une famille à mesure qu'elle évolue, et demeurer la voix de confiance tandis que le patrimoine, et celles et ceux qui le détiennent, passent d'une génération à la suivante.

Sources : Altrata World Ultra Wealth Report 2025 ; UBS Global Wealth Report 2025 ; Deloitte Family Office Insights Series. Les chiffres sont des estimations et des projections.

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